J'ai cherché l'endroit. Une rue que je connais depuis longtemps (je t'ai avoué ces moments sombres, c'est un souvenir commun maintenant). L'affaire est entendue : nous attendons l'heure en buvant un café dans un bar plutôt sordide. Je te connais bien, toi et ton visage dans les lieux sordides. Tu aimes les hôtels de passe et toujours j'ai aimé chez toi cette capacité à entrer dans les salles sombres, sans hésiter. Aujourd'hui personne ne sait ce que nous nous apprêtons à faire. Les hommes te matent par habitude, parce que ce serait dommage de ne pas chercher un bout d'excitation, un coup d'oeil, une rasade, le coude bien accroché au comptoir. Ils ne savent pas que tu seras bientôt nue et moi cette pensée me hante, elle ne me quitte pas, ils ne savent pas ce que nous fomentons, que tu mouilles déjà, que je suis tendu depuis longtemps, que nous tremblons par provision, je me laisse envahir par l'idée que cette ivresse ne se voit pas.
Un peu après je me revois assis, sur une sorte de tabouret, une toute petite chose, bien calé contre le mur, tout au fond de la pièce, presque caché, oubliez-moi, faites, je vous regarde, en pensée je sors mon sexe, je vous regarde, faites, faites...
Tu es couchée, elle est sur toi, te prends une jambe et commence ses mouvements, sa danse, sa petite chorégraphie. Vos membres bougent, se touchent, j'entends ton souffle, il me porte et m'aide à sentir, moi aussi, cette femme qui se plaque sur toi. Vous êtes deux ombres, nues, le mur me pousse vers vous, je voudrais me vautrer à l'infini dans votre alliance, et puis pourtant se retenir, rester là à contempler et savoir que ces images me nourriront longtemps encore.
Jouis, jouis encore, entre les jambes des femmes, sous les coups des hommes, contre les murs, jouis, jouis devant moi, tu seras la peinture impie que je contemplerai toujours.
[ lui - 23/03/2005 ]