Talonné – aiguillé

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Puisque je parlais de la bande son, révisons un autre bruit du désir.

Il faut une foule. Un quai de gare fait l'affaire, mais on peut envisager une avenue, un marché – pour peu qu'il ne soit pas trop campagnard – une allée de centre commercial en cas d'intempéries.

Il faut alors suivre le rythme, se laisser aller exactement à l'allure moyenne. Puis insensiblement ralentir, se laisser dépasser. On coule doucement, on se laisse ainsi porter, suspendu entre deux eaux. On pointe l'oreille.

Alors le bruit écrase tout : deux talons sur le sol. Il n'y a plus que lui et ce murmure insipide du reste – de tout le reste. Je m'accroche à lui pour guider tous mes gestes. J'essaie d'adopter exactement la même allure, j'avance avec le son des pas de l'inconnue aux talons, je l'accompagne, je la reconstitue, des pieds à la tête. Le bruit, le claquement régulier des talons, c'est sa matière. Elle n'existe qu'en moi, plus rien n'a de couleur sinon cette cheville anonyme que je désire. Elle feint d'ignorer notre trouble et se force à marcher toujours au même rythme, pour faire comme si ? Je sais bien qu'elle aussi me connaît et pense déjà à comment je choisirai de la mettre à nu dans mes mains. Où sur son corps. Quels mots nous avouerons. Quels gestes pour tout déclencher.

Je laisse la distance disparaître. Elle me dépasse, les talons recouverts par le bruit.

[ lui - 3/11/2005 ]
 






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