L'année dernière. Nous sommes à Rouen, une fin de semaine, le petit couple modèle... notre hôtel est très bien, charmant, très simple, levés tard nous y faisons l'amour une première fois (les chambres d'hôtel ça t'excitera toujours au-delà du raisonnable...) et nous sortons pour le tour du propriétaire : vieilles maisons, cathédrale. Ça me donne probablement l'occasion de râler contre certaines vieilleries trop pittoresques (j'ai la mémoire mauvaise, mais je fais confiance à mes lubies). Arrive la faim, on choisit une petite brasserie et deux salades, le soleil nous échauffe et nous nous mettons à aligner des salaceries, histoire de se donner des idées. Déjà lors de notre tour, je t'avais sérieusement baissé le pantalon derrière un buisson, j'y avais fourré tout un avant-bras et je t'avais à ma mercie si quelques promeneurs ne nous avaient obligés à nous modérer. A la fin de la salade, nous étions perdus, corps et âme, l'un et l'autre. Nous nous levons, je t'entraîne dans la première rue à droite avec la certitude que je vais t'y prendre, une certitude absolue qui s'impose, je n'hésite pas quand j'aperçois sur le côté droit un immeuble en ravalement, légèrement en retrait, la façade isolée et protégée par un échafaudage. A peine à cinq mètres du trottoir nous trouvons refuge derrière le rideau vert qui recouvre l'immeuble, cette tenture plastifiée nous masque probablement, mais nous laisse aussi une vue parfaite de l'extérieur. Tu me regardes, inquiète et pressée, j'ouvre ta ceinture, je bredouille une ou deux paroles rassurantes, il n'y a plus qu'à t'accrocher aux barres, baisser ton pantalon, le mien, venir me plaquer contre toi et ramener à la main mon sexe entre tes jambes, durement, comme pour te soulever à la force de mon poignet.
Nous nous sommes certainement pressés mais je me souviens d'un long moment, une image immobilisée où tout se superpose, moi plaqué et jouissant contre toi, nos souffles retenus qui éclatent, cet espace qui nous encadre contre le mur, cet écran, la rue, le bruit d'une télé qui s'échappe, la tâche que nous laissons au sol, le sang qui bat dans ma gorge après l'orgasme.
[ lui - 9/11/2005 ]