En vacances on ne chôme pas : la moyenne dépasse le musée par jour... On sillonne à sens inverse toutes les rues : une entreprise bien réglée, des guides dans toutes les poches, les cartes ouvertes, on enchaîne.
Cet été c'était Prague. On y a boudé le Pont-Charles pour se perdre dans les recoins de la biennale d'art contemporain, c'est dire si nous sommes « sérieux » et presque austères...
Bien entendu, lorsqu'on est vraiment « sérieux », il faut l'être pour tout. Il faut donc aussi visiter les clubs échangistes locaux : un louable effort pour connaître la culture du pays et pour partager avec nos hôtes quelques plaisirs d'épiderme, entendre leurs souffles et leurs plaisirs dans une langue étrangère. Un programme qui nous amuse.
Nous avisons un cyber-café, trois coups de google et un banal « swinger club praha » ne suffisent pas, il faut ruser un peu et fouiller un moment le web pour trouver enfin un site qui réponde à notre attente. Le mystère commence là, car il n'y a aucune adresse, celle-ci ne peut être communiquée que par téléphone. L'endroit n'est d'ailleurs ouvert que deux soirs par semaine. Visiblement, les clubs restent discrets et à la limite de la soirée privée. Un coup de fil, mon anglais un peu hésitant me suffisent tout de même à prendre date avec le patron et à noter une adresse. Deux jours plus tard, nous sommes face au plan, il va falloir traverser à peu près toute la carte d'un bout à l'autre. La rue est blottie dans un coin, loin, très loin du centre.
Il faut arriver entre 22h et 24h, après les portes sont closes. Autre mystère, mais qui n'est pas pour nous déplaire, nous aimons que les choses se passent et pourquoi pas vite... On ne se perd pas – pas trop. On approche, le temps de faire droite – droite – droite pour passer un sens unique et nous voici dans une ruelle sombre, au creux d'un quartier traversé d'ombres et totalement désert, un peu hostile au milieu de pas grand chose. Nous laissons la voiture descendre doucement jusqu'au numéro. Et nous restons là, immobiles devant un long portail fermé, le moteur tournant. Il est encore temps de renoncer. Je te regarde. Notre inquiétude de film noir nous amuse, mais il faut bien avouer que le décor ne donne pas envie de s'abandonner à l'orgie. J'enclenche la marche arrière pour entamer un repli, le temps de discuter un peu mais le portail s'ouvre et un homme s'avance, nous voici enrôlés.
Le temps de traverser un jardin et nous voilà à l'intérieur, immédiatement pris en charge par une charmante dame qui organise pour nous une visite complète des lieux, « if you please ». Le bar, le salon télé et les couloirs s'enchaînent, elle parle vite, j'essaie de suivre son anglais aux accents de l'est tout en jetant de rapides regards sur les clients pour mieux saisir l'ambiance de l'endroit. Premier constat : ici on ne mélange pas boite de nuit et club. Certains sont déjà déshabillés, d'autres semblent sortir de leur bureau, dans l'ensemble on a l'impression d'entrer dans une soirée entre amis. Arrivent alors les salons, on nous indique leur thème, leur code. Pour finir nous découvrons des vestiaires, comme à la piscine. Nous sourions : nous voilà effectivement en plein tourisme sexuel !
Nous buvons sous les oeillades d'un jeune couple qui nous fait signe. Timides nous restons à nos places et les voyons partir pour le jacuzzi où ils ne tardent pas à se faire de nouveaux amis. Deux immenses starlettes vieillies animent le bar en disparaissant régulièrement dans les salons. Nous nous levons et nous glissons doucement dans le couloir. Nous suivons la rumeur, cinq ou six couples font l'amour dans une grande pièce, chacun dans un coin, dans son espace, sur un siège, un lit, une balancelle. Nous nous postons près de l'entrée, tu t'arrêtes et je me glisse derrière toi. Je lève ta robe, tu te penches pour mieux me laisser voir et mieux t'accrocher au dossier. J'entre doucement en toi en laissant mon regard dériver, à gauche et à droite, dévisageant ces femmes, scrutant leurs plaisirs et dérivant en toi. Dans ces instants tout devient beau : il n'y a plus que nous, nous tous et le vide du plaisir – Je me souviens très bien de celle qui me regarda jouir en s'écartant face à moi.
Et puis surtout, en reprenant le couloir je m'invite dans la chambre noire. Cette pièce totalement obscure et entièrement recouvertes de matelas, tu n'oses pas et je reste une minute seul – elle est réellement vide – à rêver à tout ce que nous pourrions faire là, dans ce néant noir et humide où je pourrai sombrer sans fin et sans faillir.
[ lui - 7/01/2006 ]