Corail

Je connais le trajet par coeur, entre B. et T. il y en a pour 10 minutes, à peine plus. C'est le moment où la ligne de train suit la vallée, parallèle à la nationale qu'on devine encore au fond. Je n'avais pas dû repasser par là depuis 10 ans.

Déjà à Lyon ta main s'était glissée. Installé à ma place j'avais ouvert ma braguette, doucement mais sans crainte et tu étais venue m'y rejoindre. Je lisais Calet, un tout autre registre... Et puis un voisin est venu s'installer avec un trop bon angle de vue, il a fallu battre retraite. Nous avons lu, sagement.

Et puis le train passe la gare de B. et je te propose d'avancer un peu dans la rame, histoire de ne pas trop marcher sur le quai enneigé. La ruse est grossière et ne vise qu'à t'emmener dans l'étroit couloir des compartiments (que de fantasmes j'y ai mis en scène dans ma préhistoire sexuelle) : c'est là le vrai trésor du corail, celui que ne connaîtrons pas nos petits enfants, pour qui tout cela aura un parfum de bête humaine.

Tout s'enchaîne : je te pousse à l'intérieur, je ferme la porte, je tire sèchement les rideaux et je me retourne. Déjà tu me démontes, tu me dévores, dans un mouvement panique, en pleine course, perdue dans une fugue qui me coupe les jambes. J'ai quelques secondes où je ne veux plus qu'une chose : que la porte s'ouvre, qu'ils nous regardent tous et que j'explose en me liquéfiant. Quand j'ouvre les yeux, je vois les tâches que je laisse sur un exemplaire du Figaro. « Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur »...

Sommes-nous à blâmer ?

[ lui - 18/01/2006 ]
 






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