La marquise se décoince
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La marquise à qui j'avais adressé un billet, me répond ceci :

Je trouve personnellement que les jeans et habits décontractés devraient être acceptés dans les club libertins. D'ailleurs je viens de convaincre notre gentils patron Charles d'organiser une soirée libertines cool & hot qui autorisera les convives à venir habiller en Jeans et tenue de ville dans les limites de l'acceptable.

Bon, ça n'est pas la révolution dans le boudoir de la belle, on restera dans les "limites de l'acceptable", mais c'est une évolution qu'il convient de saluer. Y aurait-il de la place pour l'ouverture d'esprit chez les libres baiseurs ? L'affaire est à suivre, comptez sur nous pour lui coller aux basques.

Photo par Anna Fischer

[ lui - 9/12/2009 ] permalien
Et depuis ?
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Depuis ? Oui, il s'est passé bien des choses, mais il faudra se résoudre à les passer sous silence. On va reprendre par un billet d'humeur, voici la copie du mail que j'ai adressé ce jour à la "marquise" de l'hotel des sens :

Bonjour chère Marquise,

Nous n'avons pas encore eu le plaisir de vous rencontrer, mais juste deux mots sur votre site.

D'abord, un sourire très grinçant sur cette indéboulonable "éthique du jean", il serait grand temps qu'un club libertin (libertin, c'est à dire libre ?) ose accepter autre chose que des bites en costumes et des bombes en mini-jupes, est-ce "tendance et glamour", la question mérite d'être posée.

Marie est très belle en jean moulant et elle trouve François plus séduisant dans des habits de nuit dançante, que dans des habits de mariage ou de séminaire de mercatique. Mais, en bonne marquise, nous vous laissons à vos préjugés et à vos ornières sociales, et s'il le faut nous pousserons l'hypocrisie jusqu'à nous déguiser en cadre et cadrette pour montrer patte blanche à votre porte. Vous verrez, ça marchera, on fera très CSP++ et on s'entre-enfilera comme de rien avec vos convives.

Ensuite, comme vous souhaitez être un club "chic", ce que personne ne pourrait vous reprocher, nous vous conseillons de corriger les 6 fautes d'orthographe qui décorent de la rubrique "membres".

[ lui - 2/12/2009 ] permalien
Combien de gins ?
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Je ne sais pas trop combien de gins j'avais pu boire. Nous étions restés un bon moment directement calés au comptoir. Il y pesait une chaleur humide qui me ravivait – il y a un moment, tard dans la nuit, où l'excitation venant, on consent plus facilement à suer. Les prémices de la bête ? J'aurai bien signé, oui.

Sur la piste c'était la surenchère, des dizaines de filles formaient des rondes, encerclaient, collaient, dirigeaient des hommes titubants et depuis longtemps sonnés par la chaleur, le désir et la surprise d'être là ou simplement l'alcool. Elles les emmenaient parfois – probablement quand ils étaient pour de bon désamorcés au long cours. Un européen submergé d'ivresse venait de sortir au bras d'une immense thaï, avait-il bien compris qu'elle était un homme ?

Nous avons dansé. Un long moment. Nous deux avec trois filles qui nous frôlaient. Une fois toi contre elles. Une fois moi. Nous étions dans le jeu, certains de ne pas être de vraies proies. Finir à trois ?

Non. Nous ressortons, plongeant brutalement dans la rue et son cortège de camelots – « Come ! Sex show, ping-pong show ! ». Il fait un peu plus frais et nous marchons le long d'une longue avenue, sous le SkyTrain. Il y a le bourdonnement dans nos oreilles. Le souvenir de notre excitation. Nous avançons lentement, et puis il y a cette fille, adossée, un peu à l'écart des autres, lisant en attendant. Nos regards s'accrochent. Nous restons au bord du trottoir, retournés vers elle, tu te penches doucement vers moi : « je te l'offre ? » Plongé dans une scène d'Emmanuelle, je souris. Je garde le meilleur de ton cadeau malhonnête : son vice, sa sincérité ; je renonce au reste et c'est très bien ainsi, nous continuons tous les deux, dans quelques minutes nous nous aimerons 24 étages au dessus du niveau de la rue.

(photo par sonny) [ elle - 16/03/2006 ] permalien
Corail

Je connais le trajet par coeur, entre B. et T. il y en a pour 10 minutes, à peine plus. C'est le moment où la ligne de train suit la vallée, parallèle à la nationale qu'on devine encore au fond. Je n'avais pas dû repasser par là depuis 10 ans.

Déjà à Lyon ta main s'était glissée. Installé à ma place j'avais ouvert ma braguette, doucement mais sans crainte et tu étais venue m'y rejoindre. Je lisais Calet, un tout autre registre... Et puis un voisin est venu s'installer avec un trop bon angle de vue, il a fallu battre retraite. Nous avons lu, sagement.

Et puis le train passe la gare de B. et je te propose d'avancer un peu dans la rame, histoire de ne pas trop marcher sur le quai enneigé. La ruse est grossière et ne vise qu'à t'emmener dans l'étroit couloir des compartiments (que de fantasmes j'y ai mis en scène dans ma préhistoire sexuelle) : c'est là le vrai trésor du corail, celui que ne connaîtrons pas nos petits enfants, pour qui tout cela aura un parfum de bête humaine.

Tout s'enchaîne : je te pousse à l'intérieur, je ferme la porte, je tire sèchement les rideaux et je me retourne. Déjà tu me démontes, tu me dévores, dans un mouvement panique, en pleine course, perdue dans une fugue qui me coupe les jambes. J'ai quelques secondes où je ne veux plus qu'une chose : que la porte s'ouvre, qu'ils nous regardent tous et que j'explose en me liquéfiant. Quand j'ouvre les yeux, je vois les tâches que je laisse sur un exemplaire du Figaro. « Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur »...

Sommes-nous à blâmer ?

[ lui - 18/01/2006 ] permalien
Boîtes noires
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En vacances on ne chôme pas : la moyenne dépasse le musée par jour... On sillonne à sens inverse toutes les rues : une entreprise bien réglée, des guides dans toutes les poches, les cartes ouvertes, on enchaîne.

Cet été c'était Prague.  On y a boudé le Pont-Charles pour se perdre dans les recoins de la biennale d'art contemporain, c'est dire si nous sommes « sérieux » et presque austères...

Bien entendu, lorsqu'on est vraiment « sérieux », il faut l'être pour tout. Il faut donc aussi visiter les clubs échangistes locaux : un louable effort pour connaître la culture du pays et pour partager avec nos hôtes quelques plaisirs d'épiderme, entendre leurs souffles et leurs plaisirs dans une langue étrangère. Un programme qui nous amuse.

Nous avisons un cyber-café, trois coups de google et un banal « swinger club praha » ne suffisent pas, il faut ruser un peu et fouiller un moment le web pour trouver enfin un site qui réponde à notre attente. Le mystère commence là, car il n'y a aucune adresse, celle-ci ne peut être communiquée que par téléphone. L'endroit n'est d'ailleurs ouvert que deux soirs par semaine. Visiblement, les clubs restent discrets et à la limite de la soirée privée. Un coup de fil, mon anglais un peu hésitant me suffisent tout de même à prendre date avec le patron et à noter une adresse. Deux jours plus tard, nous sommes face au plan, il va falloir traverser à peu près toute la carte d'un bout à l'autre. La rue est blottie dans un coin, loin, très loin du centre.

Il faut arriver entre 22h et 24h, après les portes sont closes. Autre mystère, mais qui n'est pas pour nous déplaire, nous aimons que les choses se passent et pourquoi pas vite... On ne se perd pas – pas trop. On approche, le temps de faire droite – droite – droite pour passer un sens unique et nous voici dans une ruelle sombre, au creux d'un quartier traversé d'ombres et totalement désert, un peu hostile au milieu de pas grand chose. Nous laissons la voiture descendre doucement jusqu'au numéro. Et nous restons là, immobiles devant un long portail fermé, le moteur tournant. Il est encore temps de renoncer. Je te regarde. Notre inquiétude de film noir nous amuse, mais il faut bien avouer que le décor ne donne pas envie de s'abandonner à l'orgie. J'enclenche la marche arrière pour entamer un repli, le temps de discuter un peu mais le portail s'ouvre et un homme s'avance, nous voici enrôlés.

Le temps de traverser un jardin et nous voilà à l'intérieur, immédiatement pris en charge par une charmante dame qui organise pour nous une visite complète des lieux, « if you please ». Le bar, le salon télé et les couloirs s'enchaînent, elle parle vite, j'essaie de suivre son anglais aux accents de l'est tout en jetant de rapides regards sur les clients pour mieux saisir l'ambiance de l'endroit. Premier constat : ici on ne mélange pas boite de nuit et club. Certains sont déjà déshabillés, d'autres semblent sortir de leur bureau, dans l'ensemble on a l'impression d'entrer dans une soirée entre amis. Arrivent alors les salons, on nous indique leur thème, leur code. Pour finir nous découvrons des vestiaires, comme à la piscine. Nous sourions : nous voilà effectivement en plein tourisme sexuel !

Nous buvons sous les oeillades d'un jeune couple qui nous fait signe. Timides nous restons à nos places et les voyons partir pour le jacuzzi où ils ne tardent pas à se faire de nouveaux amis. Deux immenses starlettes vieillies animent le bar en disparaissant régulièrement dans les salons. Nous nous levons et nous glissons doucement dans le couloir. Nous suivons la rumeur, cinq ou six couples font l'amour dans une grande pièce, chacun dans un coin, dans son espace, sur un siège, un lit, une balancelle. Nous nous postons près de l'entrée, tu t'arrêtes et je me glisse derrière toi. Je lève ta robe, tu te penches pour mieux me laisser voir et mieux t'accrocher au dossier. J'entre doucement en toi en laissant mon regard dériver, à gauche et à droite, dévisageant ces femmes, scrutant leurs plaisirs et dérivant en toi. Dans ces instants tout devient beau : il n'y a plus que nous, nous tous et le vide du plaisir – Je me souviens très bien de celle qui me regarda jouir en s'écartant face à moi.

Et puis surtout, en reprenant le couloir je m'invite dans la chambre noire. Cette pièce totalement obscure et entièrement recouvertes de matelas, tu n'oses pas et je reste une minute seul – elle est réellement vide – à rêver à tout ce que nous pourrions faire là, dans ce néant noir et humide où je pourrai sombrer sans fin et sans faillir.

[ lui - 7/01/2006 ] permalien



Chapitre précédent («Ch. 3 : Rentrée»)



 
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