Toi, nous, nous trois et elle
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Je me souviens très bien du tout premier moment, elle n'avait jamais été touchée par une femme, elle ne savait pas ce que c'était, elle voulait bien essayer, pourquoi pas. Je me souviens du repas et de toi qui lui apportes soudain un foulard, tu lui noues autour des yeux et tu la caresses. Je me souviens du peu de lumière dans la pièce. De toi autour d'elle, de moi approchant et du souffle qui s'échappait. Je me souviens de sa peau, brûlante, réellement brûlante en dépit de toutes les métaphores déjà écrites ailleurs. Puis de nous trois autour d'elle. A-t-on souvent, a-t-on jamais assez l'occasion de sombrer ?

[ elle - 7/12/2005 ] permalien
Figure : le repas de femmes

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J'inaugure les figures : à l'opposé du reste, c'est à dire nos souvenirs, nos traces d'émois, la figure est à faire, projection, provision, à venir et à jouir.

Dans « le repas de femmes », nous sommes quatre. Deux hommes, deux femmes. Un salon, un fond musical assez faible et très lancinant. Peu, très peu de lumières.

Au moment où l'on sonne, la situation serait ainsi : une femme, la « maîtresse de maison » est assise au salon, immobile, en dessous ou dans une tenue très largement ouverte aux inspections, elle a les yeux bandés. Au moment où j'ouvre la porte se présente un couple, la femme, comme la « maîtresse » de maison, a aussi les yeux bandés. Les hommes se saluent, on guide la femme sans rien lui dire en la tenant par les bras, on s'installe, on l'installe.

A partir de ce moment tout se superpose et deux scènes se déroulent en même temps. Il y a la conversation : seuls les hommes parlent et surtout pas de ce qui peut avoir lieu, de ce qui a lieu, c'est l'interdit, le tabou qu'on s'est donné, ne rien décrire, ne rien expliquer. Alors ils parlent, comme si, comme s'il n'y avait rien d'autre que cette scène : eux deux, bons amis, devisant, partageant un repas innocent.

Pourtant il y a aussi ces deux femmes, qui attendent, qui ne savent pas où ils sont, ni ce qu'ils font (Pourquoi ce silence ? Quel est ce glissement, ce soupir ? Où est l'autre femme ? Comment est-elle, elle ?). Elles laissent leurs mains immobiles, conformément aux instructions, fixent la nuit et écoutent. Parfois on leur tend un verre, un fruit, une cuillère. On les déplace. On les isole. On les caresse aussi, souvent. A un, à deux, dans quel ordre ? Toujours se prêter au jeu, silencieuses. Pendant leur nuit, elles construisent toutes les images et s'en servent pour se figurer le pire, ce que très exactement elles sont venues chercher.

Bien entendu, les « maîtresses » de maison étant ce qu'elles se doivent d'être, l'invitation sera rendue, dans les règles de l'art et peut-être que les règles de l'art seront inversées pour offrir aux hommes des plaisirs irréversibles.

Tard, la porte se rouvrira et ils repartiront. Se dire quoi ? Vont-ils garder le silence ?

[ lui - 27/11/2005 ] permalien
Echafaudage
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L'année dernière. Nous sommes à Rouen, une fin de semaine, le petit couple modèle... notre hôtel est très bien, charmant, très simple, levés tard nous y faisons l'amour une première fois (les chambres d'hôtel ça t'excitera toujours au-delà du raisonnable...) et nous sortons pour le tour du propriétaire : vieilles maisons, cathédrale. Ça me donne probablement l'occasion de râler contre certaines vieilleries trop pittoresques (j'ai la mémoire mauvaise, mais je fais confiance à mes lubies). Arrive la faim, on choisit une petite brasserie et deux salades, le soleil nous échauffe et nous nous mettons à aligner des salaceries, histoire de se donner des idées. Déjà lors de notre tour, je t'avais sérieusement baissé le pantalon derrière un buisson, j'y avais fourré tout un avant-bras et je t'avais à ma mercie si quelques promeneurs ne nous avaient obligés à nous modérer. A la fin de la salade, nous étions perdus, corps et âme, l'un et l'autre. Nous nous levons, je t'entraîne dans la première rue à droite avec la certitude que je vais t'y prendre, une certitude absolue qui s'impose, je n'hésite pas quand j'aperçois sur le côté droit un immeuble en ravalement, légèrement en retrait, la façade isolée et protégée par un échafaudage. A peine à cinq mètres du trottoir nous trouvons refuge derrière le rideau vert qui recouvre l'immeuble, cette tenture plastifiée nous masque probablement, mais nous laisse aussi une vue parfaite de l'extérieur. Tu me regardes, inquiète et pressée, j'ouvre ta ceinture, je bredouille une ou deux paroles rassurantes, il n'y a plus qu'à t'accrocher aux barres, baisser ton pantalon, le mien, venir me plaquer contre toi et ramener à la main mon sexe entre tes jambes, durement, comme pour te soulever à la force de mon poignet.

Nous nous sommes certainement pressés mais je me souviens d'un long moment, une image immobilisée où tout se superpose, moi plaqué et jouissant contre toi, nos souffles retenus qui éclatent, cet espace qui nous encadre contre le mur, cet écran, la rue, le bruit d'une télé qui s'échappe, la tâche que nous laissons au sol, le sang qui bat dans ma gorge après l'orgasme.

[ lui - 9/11/2005 ] permalien
Talonné – aiguillé

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Puisque je parlais de la bande son, révisons un autre bruit du désir.

Il faut une foule. Un quai de gare fait l'affaire, mais on peut envisager une avenue, un marché – pour peu qu'il ne soit pas trop campagnard – une allée de centre commercial en cas d'intempéries.

Il faut alors suivre le rythme, se laisser aller exactement à l'allure moyenne. Puis insensiblement ralentir, se laisser dépasser. On coule doucement, on se laisse ainsi porter, suspendu entre deux eaux. On pointe l'oreille.

Alors le bruit écrase tout : deux talons sur le sol. Il n'y a plus que lui et ce murmure insipide du reste – de tout le reste. Je m'accroche à lui pour guider tous mes gestes. J'essaie d'adopter exactement la même allure, j'avance avec le son des pas de l'inconnue aux talons, je l'accompagne, je la reconstitue, des pieds à la tête. Le bruit, le claquement régulier des talons, c'est sa matière. Elle n'existe qu'en moi, plus rien n'a de couleur sinon cette cheville anonyme que je désire. Elle feint d'ignorer notre trouble et se force à marcher toujours au même rythme, pour faire comme si ? Je sais bien qu'elle aussi me connaît et pense déjà à comment je choisirai de la mettre à nu dans mes mains. Où sur son corps. Quels mots nous avouerons. Quels gestes pour tout déclencher.

Je laisse la distance disparaître. Elle me dépasse, les talons recouverts par le bruit.

[ lui - 3/11/2005 ] permalien
Signet
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Je vais me coucher, il est un peu tard, j'ai traîné comme un idiot sur je ne sais plus quels sites, j'ai aussi passé trop de temps à ajuster une feuille de styles. Rien de bien exaltant et surtout la perspective d'une nuit de sommeil embrouillée pleine d'interférences, alors pour faire le blanc, pour (re)passer aux choses sérieuses, je décide de lire un peu, malgré l'heure. J'ouvre Bovary que je relis en ce moment et je trouve cet ordre sans appel inscrit sur le marque-page : « BAISE-MOI ». Alors quoi ? Exécution ?

[ lui - 24/10/2005 ] permalien
Bande son
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Je l'écoute en boucle, même si c'est toi, même si je connais très bien ton chant, ses détours et ses clameurs, y a-t-il mieux que le son pour la bande ? [ lui - 23/10/2005 ] permalien
Exécution
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J'ai une existence amusante, dépaysante, renversante et bluffante.

Nous sommes souvent chez nous, travaillant, surfant, devisant ou dérisoires. De longues matinées et des après-midi de silence. Elle relève la tête d'un livre et s'adonne soudain à des danses ésotériques d'approche. Parfois elle abandonne le folklore au profit d'un lapidaire : « on baise ? » ou d'un « j'aime ta bite » ou encore d'un « tu viens baby ? ». Je joue les contretemps – je suis, c'est vrai, un animal aux penchants plutôt nocturnes – j'argumente, je fais miroiter. Mais il faut bien s'exécuter.

Nous venons de nous cloîtrer dans la chambre. Les volets sont restés fermés et ils se découpent en traits de lumière derrière toi. Je t'attends au centre du lit, le sexe toujours-déjà droit, comme si j'étais un brin en avance. Au moment précis où tu laisses ton pantalon derrière toi, légèrement courbée, avançant un peu vers moi, à ce moment-là éclate ton désir.

Je ne combats pas. Je me laisse manipuler, je me regarde, je te regarde. Tu m'avales.

[ lui - 7/10/2005 ] permalien
Lu en pensant à toi
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Je lis Musset, j'y retrouve de vieilles idées sombres, et puis nous : «Tu es la seule chose qui me réveille de mon néant, et qui me reporte vers un idéal que j'ai oublié par impuissance. Je n'ai plus le courage de rien penser. Si je me trouvais dans ce moment-ci à Paris, j'irai chez les filles, et au café j'éteindrais ce qui me reste d'un peu noble dans le punch et la bière, et je me sentirais soulagé. On endort bien un malade avec de l'opium, quoiqu'on sache que le sommeil lui doive être mortel. J'en agirais de même avec mon âme.» [ lui - 5/10/2005 ] permalien
A la trois
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Recherche un homme pas frustré, pas benet, pas loin d'être cultivé, plutôt déjà drôle, depuis toujours joueur sans être flambeur, mince comme un fil, glissant, doux, passionné, vicelard du coin des yeux. On se mettra à table, devant un verre (deux martinis rouges pour nous) Oui, nous parlerons clubs, annonces, sites Et puis surtout d'autre chose. Peu importe, ce sera pour voir, pour nous tenter, pour vous renverser. Et puis nous prendrons la fuite, à trois. Se ruer sur les deux maigres. Tenir leur deux sexes. Les branler en syncope. Se les taper à la suite et ensemble. Perdre un peu le fil des mains. S'agripper. Se donner pour se perdre.

Vous connaissez l'adresse ?

[ lui - 2/10/2005 ] permalien
Dans tes rêves
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Au moment où je désire ton corps, où je m'y accroche, où je l'escalade, où il me propulse, au moment où je me pousse dans le vide, au moment où tout prend feu, où tout se vide, où c'est nous et nous seuls qui remplissons le monde, au moment où c'est en nous qu'ils respirent, au moment où tu m'éclaires. [ lui - 24/09/2005 ] permalien
Le haut noir
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Tu ne l'aimes pas, il est vulgaire, tu as raison, je l'ai acheté pour ça, exactement pour ça, pour que tu aies cet air de petite cochonne. Pas valorisant ? Cadeau-soumission ? Punition. Oui, peut-être bien et c'est exactement pour te plaire. Ce petit haut de petite pute ne te plaît pas mais correspond exactement à une zone d'ombre et de plaisirs, un de tes mille vices, un de tes petits vices, celui d'être parfois mal-traitée par la mâle (quelle blague !).

Je prends les photos nu (à chacun son petit sacrifice dans notre jeu). Je te scrute à travers les lentilles. Je bande, tu le vois, tu en souris. La serveuse du restau d'en face m'aperçoit, je souris, je m'accroupis, je te recouvre.

[ lui - 24/09/2005 ] permalien



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